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La musique urbaine congolaise, une autre histoire!

La musique urbaine congolaise , une autre histoire!

La musique urbaine

Le terme « Urbain » trouve historiquement ses origines aux États-Unis, il englobe deux styles distincts, le hip-hop (ou « rap ») et le RnB qui sont des musiques afro-américaines ou musiques noires natifs des ghettos de New York, Chicago, Los Angeles… Ces styles musicaux se sont imposer contre vents et marrées au pays de l’oncle Sam face aux Rock n roll, à la Country music, à la Pop, pour ne citer que ces trois genres. Traversant les frontières des États-Unis et s’exportant dans tous les recoins du globe terrestre, ne dit-on pas que chaque pays du monde possède son James Brown? Son Barry white ? Son Michael Jackson, et pourquoi pas son Tupac ou Jay-z? En Afrique, en générale et en Afrique subsaharienne en particulier, on parle de musique urbaine africaine. Autant de points de similarités avec les states tels que : les maux de la société, la rue, le quotidien du petit peuple, l’injustice permettent jusqu’aujourd’hui d’alimenter ce genre « Urbain » et le Congo Kinshasa ne déroge pas à la règle.

Les pionniers

Au pays de la rumba, une nouvelle vague d’artiste se révèle au publique, elle peine encore à se faire accepter et à se faire respecter. De nombreux sceptiques doutent de la crédibilité de ce mouvement musicale et qualifient l’ensemble par des propos péjoratifs « rêveurs ou distraits » ou encore «d’américains perdus au Congo », ceci étant notamment dû à leurs look hip-hop d’inspiration américaine contenant d’incontournables accessoires comme le baggy, le  bandana, le T-shirt xxl, ou le piercing. Cette imitation parfaite ne collant pas avec les réalités climatiques du pays tropical qu’est la RDC, ne dérange en rien la conception de l’image idéale du « rappeur américain type » que ses artistes veulent retranscrire à tout prix.

Photo : Fatima CIA – B-Flash & DDC maestro

Ces « trouble-fête », sont des rappeurs, des slammers, des breakers, des beat makers, des DJs, des chroniqueurs de hip hop et autres, qui représentent l’autre facette de la rue congolaise. Ces artistes et ces personnalités à part entière surfent sur tous les thèmes à travers leurs talents et le font bien. Des pionniers, donne le ton, le « La » dit-on, à une époque ou personne ou presque ne parle de Rap congolais. C’est avec le tube « On s’en fout » du groupe Fatima CIA  que le grand public comprend à ce moment précis qu’il existe autre chose au Congo que les rythmes envoûtant de Tabuley Rochereau, les mélodies saccadées de Pépé Kallé,  Zaiko langa Langa, Défao, King Kester, Koffi Olomide, JB Mpiana, Werrason, ou encore le célébrissime Papa Wemba et bien d’autres.

Photo : Lexxus legal

Au début des années 2000, après la vague Fatima CIA, le mouvement hip hop congolais  proprement dits, c’est propagé tel un virus dans la capitale de Kinshasa. Des quatre coins, des groupes et des artistes solo voit le jour : le groupe BWK ou « Bawuta Kin » en lingala qui signifie « Originaire de Kinshasa », le groupe PNB ou « Penser Nègre Brute» de Lexxus légal, Stors Hyns et Christo, le groupe Avalon de Mohombi et Djo qui est l’un des premiers groupe à s’exporter hors du Congo et est également nominé et vainqueur au KORA awards en 2008 au Bénin, le groupe K- mélia précurseur du RPK « Rap Purement Kinois » et qui est également le premier groupe de rap congolais nominé pour une récompense au KORA Awards 2005 en Afrique du sud, le groupe Keep Quiet de Marshall Dixon, Lafoul Aklam, MIK et les autres avec le titre « Elle aimes sa » qui à mit tout le monde d’accord, le groupe KMS de 2boules, Paciphik, Marciano et Ice man, le groupe SRK d’Oliverman, Don K premier, Cartel Yolo avec le tube de l’époque « Molotswangue ». La marche des artistes solo s’ouvre avec G-funk étant considéré comme l’un des premiers rappeurs congolais évoluant en solo, Bebson de la Rue avec sa musique de recherche underground, Radek Suprême, T-M Kay, SLY, OG Manitou, Patsha bay , et tant d’autres.

Photo : Groupe Avalon – Mohombi et Djo

Très vite, la plupart des grandes villes des provinces du pays emboite le même pas avec pour chacune son ambassadeur : le Bas-Congo aujourd’hui Kongo Central fièrement représentée à l’époque par NMB, rappeur en dialecte « KIKONGO », pour le Kasaï, Didjack Munya s’impose avec du rap folklorique en dialecte « LUBA », à Kisangani dans la Province Orientale des groupe tels que Relate Soul, Tersch ou encore Negga Soul ainsi que le groupe Hot Boy’z dont le rappeur engagé  Alesh fait partie, au Katanga aujourd’hui scinder en deux entités provinciales, on trouve Lubum Connexion, RJ Kaniera et bien d’autres artistes et groupes. Les DJs, chroniqueurs, réalisateurs de clips et autres personnalités soutiennent le « mouvement urbain congolais », on parle de l’âge d’or du hip hop congolais.

Ces artistes audacieux, rêveurs « fous », se font remarquer avec leurs titres à succès et sont ainsi approchés par des compagnies brassicoles dans un premier temps puis par des compagnies de cosmétiques et d’agroalimentaires en quête d’égéries de tous genres, « Lexxus Légal et Marshall Dixon » font partie de ses rares artistes à avoir tiré le « jackpot » en goutant à la consécration, de ce qu’est « être sponsoriser » et « être accompagner » à cette époque-là, énormissime!

Photo : K-mélia – Jazz pam & Pharaon castro

 

Il faut dire que l’industrie musicale au sens large du terme n’a pas encore élu domicile en République Démocratique du Congo, malgré des producteurs qui donne le meilleur d’eux-mêmes, des artistes talentueux et des consommateurs avides, les institutions qui organisent l’industrie comme les sociétés de droits d’auteurs, les circuits de distribution, les salles de concerts…sont quasi inexistantes. Elles laissent place à des lieux de spectacles au sein d’écoles ou d’établissements privés loués à des prix exorbitants. Les « hit makers » locaux peinent à vivre de leurs musiques car la piraterie de masse n’est pas réprimander, de plus le manque de politique culturelle adéquate ne fait que pallier les défaillances  de l’industrie musicale au pays, jusque-là, seuls les cadors de la rumba congolaise ont pu survivre grâce au phénomène « Mabanga » ,une invention congolaise qui consiste à l’achat de dédicaces par des fanatiques de notoriétés auprès des musiciens qui mentionnent à prix d’or leurs noms dans leurs chansons. Depuis peu les rappeurs s’y mettent aussi.

Photo : RJ Kaniera

A l’heure actuelle les choses tendent vers un bel horizon avec l’arrivée de nouveaux médias. La vulgarisation d’internet qui permet à de jeunes entrepreneurs d’innover dans le secteur de la communication et du divertissement. Les chaines câblées diffusent des clips vidéo aux consommateurs de musique. Toute cette gestation positive, bouge les lignes et les artistes urbains congolais gagnent en exposition tant sur le plan nationale que sur le plan internationale.

La nouvelle génération

La musique urbaine congolaise ne s’est jamais aussi bien portée. L’explosion ainsi que l’ultra-médiatisation de « l’Afrobeat », un genre musical venu du Nigeria dont le précurseur fut « Fela Kuti » révolutionne le continent en offrant une deuxième énergie aux musiques urbaines africaines. Bien que  le « Soukouss » et la « Rumba Congolaise » sont à l’origine de plusieurs genre musicaux et courants, tels que le « Ndombolo » qui a largement dépassé les frontières congolaises et influencé la création du « Coupé décalé » de Cote d’ivoire. L’ « Afrobeat Nigérian » est une source d’inspiration pour la nouvelle génération d’artistes urbains du Congo en particulier et de l’Afrique en générale, « On veut faire comme les P-square, Davido, ou Wizkid dans le fond, mais à notre sauce congolaise avec nos percussions, nos guitares, nos pas de danse, dont nous seul avons le secret» me reporte un artiste il y a peu.

Le monde à l’envers car le Congo est réputé depuis longtemps pour être le vivier musical africain, mais la donne à changer depuis, les percussions se jouent désormais à partir de Lagos ou Abuja et le reste de l’Afrique danse.

Cette nouvelle génération a le vent en poupe, les clips réalisés sont professionnels, grâce à des réalisateurs talentueux à la baguette, qui font des merveilles, Carl Walcott , Art Mustache, Etienne Pro , Ach B, Teddy Boy, les faiseurs de hits  Kratos, Jow B, Malinho, Docta Bio, Stig fingers, Djizzo pour ne citer que ceux-là, leurs créations musicales sont au standard internationale, les studios d’enregistrements et les labels de musique sont de qualités :  Kinshasound, Timeline, La Machine Records, Rollystone Entertainment, Laclique Music, Maisha soul, Akila prod etc…, ils n’en finissent plus de nous faire découvrir les pépites du pays. Pour citer quelques-uns d’entre eux à titre d’exemples :

Innoss’B, vainqueur d’un télé-crochet en 2010, image dont il a savamment réussi à se débarrasser depuis, vole de ses propres ailes, habitué des playlists des meilleurs chaines de musique africaine, Innoss’B est à ce jour l’un des espoirs de la musique urbaine congolaise notamment avec la création du style « Afro Congo », son style musicale qu’il décrit lui-même comme un mélange d’ « Afrobeat et de musique congolaise traditionnelle », très populaire auprès des jeunes, il n’a rien perdu de son aura.

Photo : Innoss’B

Sista Becky, c’est la « Female MC » par excellence, elle enchaine des tubes, très populaire sur les réseaux sociaux, elle fait attention à son image, artiste très engagée pour la cause féminine, récemment retenue dans la « Short List » des nominations au Hip-hop Africa Awards.

Photo : Sista Becky

Dj Spilulu, artiste musicien, patron du label Mite empire, producteur de son, Dj, un véritable géni de la musique, basé à Lubumbashi, il produit de nombreux talents locaux et faiseurs de classique tels que : Ced Concept et Ted Smith.

Photo : Dj spilulu

 

En effet, ces quatre dernières années furent riche en hits, Kinshasa la capitale véritable thermomètre des tendances, a vibré sous les morceaux des artistes tels que, Big Brown , LM Soldat, Sarah Kalume, Anita Mwarabu, Westa Ba Jango, Mapipo, Gaz Fabilouss, Dj Abdoul, Dj Virus, Dj Amarula, DJ rey, Gaz mawete, Nores, Les G6 Souljaz  récemment élu meilleur groupe de rap  « Pool malebo » à Beat Street Awards organisé à Brazzaville, le slameur  Yekima Belart et beaucoup d’autres, dans la diaspora aussi on retrouve Tony Sad, Dahmu manero, Shesko l’émeraude, Poison Mobutu, Mistos capitano, BM, Hiro,  Doks, Naza, Keblack etc…. ainsi que les grosses pointures à l’instar de Fally Ipupa, Mohombi, Maitres gims, Youssoupha, Awilo longomba, Kaysha, Kalash criminel, Ninho, … c’est le Congo qui domine le jeu.

D’inspiration américaine « la musique urbaine congolaise » c’est construite au travers de pionniers qui l’on adapté aux sonorités plus africaine. Ces précurseurs ont touché un publique qui inscrit dans les mœurs ce style de musique depuis bientôt deux décennies. Ce genre musical s’accapare des nouvelles générations, fait danser le continent Africain et s’exporte à l’international. Les talents diverses et variés dont regorgent le Congo sont des sources inépuisables d’inspirations, de création et d’évolution pour cette musique qui passionne aujourd’hui tant de jeunes congolais. L’avenir s’annonce en couleur pour le mouvement.

 

Par  Eloge Kibikonda

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